Denise, la priseuse

Récit de Guy Rauzet
mercredi 7 juillet 2010
par  Jean-Paul Liégeois
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La Denise habitait seule le village de Leysalles. Vieille fille, elle prisait. Je ne sais pas si cela se fait encore beaucoup de nos jours. Le produit utilisé était le tabac à priser, qui était un tabac finement broyé. On en introduisait une petite pincée dans les narines et on reniflait. Quel bienfait avait-il ? Je pensais à l’époque qu’il aidait à mieux respirer lorsqu’il passait dans les bronches.


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Jusqu’au XIXe siècle, en Europe, on consommait davantage du tabac à priser que du tabac à mâcher ou à fumer. Il était considéré comme un remède contre les maux de tête et de dents, les insomnies, la toux et les refroidissements. Napoléon prisait plus de 3 kg de tabac par mois ! Cette façon de faire a un avantage sur le fait de fumer : elle ne produit ni goudron ni fumée. La nicotine par contre est bien assimilée par l’organisme. C’est elle qui, semble-t-il, a une action contre les maux de tête et les refroidissements mais également une action globalement négative pour l’organisme et à terme peut avoir un effet d’addiction. Il doit être pris très fin et humide sinon le nez peut être fortement irrité. L’entourage par contre n’en souffre pas. Priser le tabac est particulièrement populaire à l’armée chez les pilotes et les parachutistes ainsi que dans la population des pays les plus répressifs contre le fait de fumer, comme en Suède, car priser le tabac n’est pas concerné par cette réglementation.


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En Périgord - la prise de tabac.
"Ami, pour chasser le mauvais temps,
la chose nous est bien permise
-elle ne porte tort à personne-
Nous allons prendre une bonne prise".


Après avoir prisé, lorsqu’on se mouchait, c’était une matière noire comme du charbon que l’on rejetait. Les mouchoirs en étaient tout dégoûtants. Et notre Denise, quand elle venait chercher son pain à Bouzic (Leysalles est sur Saint Martial de Nabirat mais non loin de Bouzic, ce qui en faisait

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son lieu de référence), elle sortait son mouchoir, l’entortillait en forme de tresse et le mettait sur la tête en l’enroulant autour de ses cheveux. Ce montage lui servait de support pour mettre son pain et, droite comme un I, elle remontait à son village. N’oublions pas qu’une tourte pouvait faire 15 livres (7 kg et demi, voir le récit "Le pain au quotidien").

Elle transportait ainsi sa tourte à la manière des porteurs d’eau dans certains pays d’Afrique. Ce système était chose courante : les femmes portaient ainsi leur bassin de linge pour aller au lavoir ou de gros paniers en osier où se trouvait le déjeuner qu’elles portaient aux heures des repas aux personnes de la famille qui travaillaient dans les champs. Revenons-en à Denise. Lors de son retour, à son passage alors qu’elle traversait le bourg, nos voisins et voisines faisaient une grimace de dégoût. Vous pouvez imaginer la couleur de son mouchoir et le voir ainsi en contact avec le pain ! Inutile de vous dire que les invitations à manger chez elle étaient systématiquement refusées ! Tout le pays connaissait la Denise, celle qui prisait et empestait sa demeure de ce produit.

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Des priseurs du Lot :
............................................. - Uno picado Vitorino ?
............................................. - Ocoi pas dé réfus pécaïre


Les photos de cartes postales anciennes sont d’Eric Martin,
buxidanicophile (collectionneur de tabatières)


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