La fête votive à Bouzic en 1930

Un récit de Guy Rauzet
lundi 14 mars 2011
par  Jean-Paul Liégeois
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Jour de Fête
Un film de Jacques Tati (1949)
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Chaque année à la même époque, vers le 20 mai, avait lieu la fête au village, la fête votive. A Bouzic, on fêtait la Saint Loup, patron de la paroisse.

Une fête votive est une fête d’un village en l’honneur de son patron, faite en fonction d’un vœu (votif vient de vœu). En latin "votum" signifie "promesse solennelle faite aux dieux" et votivus "promis par un vœu ; offert en exécution d’un vœu". Dans l’Antiquité, on qualifiait de "votif" tout objet que l’on suspendait dans les temples, en mémoire de quelque faveur obtenue des dieux. La fête votive était donc la fête offerte en exécution d’une promesse solennelle faite au saint patron du village, Saint Loup à Bouzic. Actuellement, cette connotation religieuse a quasiment disparu et c’est plutôt le village, sa mairie, ses habitants eux-mêmes qui sont fêtés. Voir la fête votive de 2010.

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Saint Loup de Limoges




Les Saint Loup (ou Leu) ont été assez nombreux mais un seul a sa fête vers le 20 mai, il s’agit de Loup de Limoges, dont la fête est le 22 mai. Saint Loup de Limoges était un évêque de Limoges, mort en 637. Prêtre chargé de la garde du tombeau de saint Martial, il fut choisi comme évêque sous le règne de Clotaire II (584-629) mais il refusa la charge. Il devient néanmoins le 17ième évêque de Limoges après avoir guéri la fille du roi. Il participa à la création de l’abbaye de Solignac, fondée par saint Eloi en 632. Une partie de son crâne est conservée dans l’église Saint-Michel-des-Lions à Limoges par la Confrérie de saint Loup. La foire de saint-Loup à Limoges a été créée sous Charles IX et était la plus importante de Limoges. "Uno bouno Sen-Lou, qu’ei quitamen uno boun’ anado !" (une bonne foire de Saint Loup équivaut à une bonne année). Plus de 200 marchands ambulants viennent régulièrement vers le 20 mai dans le centre ville de Limoges pour cette foire traditionnelle.
Un autre Saint Loup bien connu est le Pic Saint Loup, dans l’Hérault

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Le Pic Saint Loup, dans l’Hérault


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Ces fêtes restent dans ma mémoire les meilleurs souvenirs du gamin que j’étais. Levé de bonne heure, la toilette ne se faisait pas attendre. Parés de mes plus beaux habits du dimanche, j’étais dehors dès l’arrivée des premiers forains et suivait de près leurs installations : loterie, tir, jouets, etc.

Ensuite, la messe. Comme tous les dimanches mais ici c’était différent ! Les musiciens qui allaient animer le bal étaient présents et jouaient de temps en temps un morceau de musique religieuse. Pour moi c’était du jamais vu. A la sortie, ils nous attendaient avec une aubade. Ensuite, ils s’arrêtaient devant chaque maison du village et demandaient au propriétaire quel air de chanson il désirait. Les anciens demandaient une marche militaire, les plus jeunes une chanson à la mode. Le morceau joué, les musiciens recevaient une récompense. Une année, en 1933 je pense, mon père leur avait demandé de jouer l’Internationale. Les premières notes commençaient à s’éparpiller dans le bourg quand Monsieur le Maire vint ordonner d’arrêter la musique. Ce chant était alors défendu sur les places publiques. Trois ans plus tard c’était l’avènement du Front Populaire et là, je vous assure, que je l’ai entendue souvent l’Internationale ! La gauche était au pouvoir et les fameux Croix de Feu du colonel de la Rocque avaient rentré chevaux et armes.

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L’internationale en Catalan (cliquez sur l’icône)

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L’Association de Croix de Feu était au départ, en 1927, une association d’anciens combattants français décorés de la Croix de Guerre 1914-1918 pour leur bravoure. Quand François de la Rocque en prend la direction en 1931, il la transforme en mouvement politique, nationaliste et de droite, sans être d’extrême droite ou fasciste. De 500 membres en 1927, elle passe à 400.000 membres en 1935. Elle sera dissoute en 1936 par le Front Populaire en tant que milice armée. François de La Rocque (1885-1946) créera en conséquence le Parti Social Français (PSF), premier parti de masse de droite et préfigurant pour certain le Gaullisme, tout deux recherchant un régime fort et stable, mais démocratique, ainsi qu’une troisième voie sociale.

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La croix de feu

Chaque famille rentrait ensuite chacune chez elle pour le repas. Ce jour-là, les cuisinières mettaient les petits plats dans les grands : potage au vermicelle, pot au feu, poule à la soupe, poulet rôti, salade, fromage et des pâtisseries en quantité, gaufres, massepain, œufs à la neige. Le café était suivi de la fameuse goutte de marc de raisins. Je pense que rien que dans le bourg au moins 250 personnes étaient réunies. Chacun avait ses invités, amis, famille qui habitaient les communes des alentours.

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Bouzic, de l’église vers le Céou
Peut-être, Guy Rauzet au milieu. Ou un autre gamin bouzicois tout aussi curieux des nouveautés


Inutile de dire que moi, je ne restais pas à table ! Je courais dans tous les sens dans le bourg, toujours en quête de nouvelles découvertes. Petit à petit, la grande rue s’animait, les enfants les premiers bien sûr à observer les étalages de forains. Pas de manège, en ces temps-là, ils ne se déplaçaient que dans les grandes agglomérations. Par contre, il y avait beaucoup de camelots. J’ai encore en mémoire l’un d’eux, adossé aux murs du monument aux morts. Une petite table au devant de lui avec dessus des images cartonnées. Il vendait les 6 images 25 centimes avec en prime un porte-plume avec un manche d’os. Dans ce dernier, il y avait un petit trou muni d’une lentille. On l’approchait le plus possible de l’œil et alors là on découvrait l’image de la Tour Eiffel. N’ayant pas d’argent, je n’ai pu en acheter.

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Jeu de quilles
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Pièce de 25 centimes 1930

Je rentre chez moi et je pensais découvrir dans le vieux sucrier une pièce de 25 centimes. Hélas, il était vide et j’ai pleuré.

L’après-midi s’est terminée par un lancer de montgolfière. Je ne savais pas par quel moyen elles pouvaient s’envoler. Mais une fois parties, elles montaient en flèche et disparaissaient aussitôt derrière les coteaux.

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Mongolfière à Bouzic en 2009
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Ancienne mongolfière

La montgolfière a été inventée par les frères Montgolfier, Joseph et Etienne, avec les premiers vols (sans passagers) en 1782. Ils avaient remarqué qu’une chemise flottait au-dessus d’un feu. Les premiers passagers furent un canard, un coq et un mouton, qui ont voyagé sans encombre sur 3 km sous l’œil de Louis XVI !

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Joueur d’accordéon

Quel tumulte ces jours-là ! La criée des forains, l’euphorie des enfants, tous ces bruits se mélangeaient avec la musique de l’orchestre qui animait le bal populaire en plein air.

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Musicien du Périgord


Après le souper, j’étais à nouveau dans les rues. J’étais fasciné par toutes les couleurs de lumière qui dansaient autour de moi. L’électricité n’avait pas encore fait son apparition à Bouzic. Je me croyais dans un conte de fée, ces lampions étaient vraiment magiques, chose que je n’oublierai jamais. Les volets des fenêtres n’étaient pas fermés et j’étais hypnotisé par les milles couleurs qui dansaient sur les vitres. C’était fantasmagorique ! C’était dû aux flammes du bois qui flambaient dans les cheminées accompagnées par la transparence des abat-jours en opaline éclairés par les lampes à pétrole. Du vert, du bleu, du blanc, du rose, quelle féerie ! Pourquoi un bambin comme moi était-il sensible à ce jeu de couleur ? En ces moments-là, un autre monde s’offrait à mes yeux et je pensais à Jacquou le Croquant, roman que me lisait ma grand-mère. Je m’imaginais le château de l’Herm la nuit de Noël.

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Jacquou le Croquant
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Statue en l’honneur de Jacquou le Croquant
A Saint Martial de Nabirat, commune voisine de Bouzic
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La magie de la danse

Je regardais encore et longtemps les danseurs. J’étais toujours attiré par les sons de l’accordéon et le musette a toujours été ma musique préférée. A minuit, c’était le fameux feu d’artifice. Quelques fusées étaient tirées et alors surgissaient ces milliers d’étincelles alimentées par des tourniquets en bois. Il y avait des étuis de poudre qui s’enflammaient les uns aux autres et bien sûr les fusées de toutes sortes. Il se terminait avec le fameux bouquet final lors duquel toute une série de fusée partaient ensemble et illuminaient le ciel de leur panache. A la fin, une grosse détonation, c’était la fin.

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A cette heure-là, pour nous les enfants, la fête était terminée. On allait au lit, bercés par le son de l’accordéon.

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Fête votive en 1930 quelque part en France

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